Technique / Arbitrage

Arbitrage : Rien ne remplace l’expérience

Par Rod Symington, du Comité « Règlement et Arbitrage » de la Fédération Internationale de Squash (W.S.F.)

Quand on aborde la question de l’arbitrage, les avis sont partagés. D’un côté, il y a ceux qui pensent que l’arbitre doit « façonner » le match en fixant des règles claires dès le départ, pour montrer aux joueurs ce qu’il attend d’eux. L’arbitre peut par exemple déclarer un « No Let » dans les premières minutes du match, pour signaler aux joueurs qu’il souhaite les voir jouer la balle le plus souvent possible. Le problème de cette méthode, c’est que ce premier « No Let » peut sembler injuste, et qu’en voulant « mettre les points sur les i » dès le départ, on en vienne à prendre une décision arbitrale discutable.

Les adeptes de la seconde approche voient plutôt en l’arbitre un technicien dont le rôle est de prendre la bonne décision au bon moment, et ce en toute objectivité. Bien sûr, théoriquement, toute prise de décision devrait être à cent pour cent impartiale. Les émotions d’un arbitre ne doivent pas entrer en ligne de compte lors d’un match car, à la minute où il les laisse l’influencer, son jugement n’est plus objectif. Dès lors, on pourrait penser que si l’arbitre prend une série de décisions tout à fait correctes et neutres, cela suffit à assurer un arbitrage parfaitement équitable. Mais l’expérience m’apprend que tel n’est pas toujours le cas.

C’est en fait l’union de ces deux approches qui se révèle la plus efficace. Il peut être souhaitable que, dans l’arbitrage du squash, l’implication de l’arbitre aille au-delà du seul domaine technique. Par exemple, à la fin d’un échange, déclarer un « Let » peut être une bonne décision, mais si ce « Let » est quelque peu discutable, l’arbitre doit faire remarquer au joueur qui en a fait la demande : « M. Corbeau, je souhaiterais que vous fassiez plus d’efforts pour jouer les balles ». Pour prendre un autre exemple, il se peut qu’un match devienne un peu trop ‘musclé’ et, dans ce cas, l’arbitre se doit de mettre en garde les joueurs, poliment mais avec fermeté, afin qu’ils évitent le contact physique. S’il ne donne pas ce genre d’avertissement, la tension va immanquablement continuer à monter, et l’arbitre sera responsable du climat potentiellement dangereux qui règnera sur le court.

Dans ce genre de cas, l’intervention de l’arbitre doit être ferme mais non conflictuelle. Trop souvent, on voit des arbitres inexpérimentés perdre leurs moyens lorsque le contrôle du match est sur le point de leur échapper. C’est souvent leur inexpérience qui est à l’origine du problème : l’arbitre ne sait pas comment réagir car il ou elle n’a jamais été confronté(e) à ce genre de situation auparavant. Face à une situation complètement inconnue, on a tôt fait d’être décontenancé, mais si on l’a déjà rencontrée une bonne vingtaine de fois, la réaction devient presque automatique. Répondre de façon opportune lors de situations comme celles que nous venons d’évoquer devrait être aussi automatique que de déclarer un « Let » ou un « Stroke ».

Face à un joueur qui discute une décision d’arbitrage ou qui se conduit sur le court d’une façon inacceptable, l’arbitre peut toujours faire appel à un mot courant mais néanmoins efficace, comme : « Assez ! ». En entendant cela, la plupart des joueurs s’arrêtent, bouche bée, et le temps qu’ils reprennent leur calme, l’arbitre aura pris la décision adéquate.

Les trois mots clés en matière d’arbitrage sont : l’expérience, l’expérience et... l’expérience. Mais ça ne suffit pas à faire un bon arbitre. Les meilleurs arbitres sont ceux qui en apprennent toujours plus, qui reconnaissent ouvertement leurs erreurs, qui ont le désir de s’améliorer et qui suivent les conseils de ceux qui ont plus d’expérience. On en apprend tous les jours, mais cette règle prévaut tout particulièrement en matière d’arbitrage.