Au tableau d’honneur du British Open de Squash si le Pakistan se taille la part du lion avec 28 victoires depuis 1930, il est un autre pays, bien plus lointain, dont les joueurs ont su vaincre l’isolement pour briller sur la scène mondiale et égaler l’Egypte avec 13 victoires chacun : l’Australie.
Il n’est pas question ici de rappeler toute l’histoire du squash australien tout au plus un rapide survol de ses spécificités
Les premiers courts de squash sont construits sur le continent australien dans l’Etat de Victoria à Melbourne en 1913. Une association australienne de squash (la SRAA) est créée en 1934, mais même alors elle concerne surtout l’Etat de Victoria et ce n’est qu’à partir de 1937 que se forment une association propre à l’Etat de Victoria et une autre propre à celui de Nouvelles Galles du Sud qui organisera son propre championnat à Sydney en 1939.
Le caractère « national »de la compétition, c’est-à-dire inter-Etats, ne peut être considéré comme tel qu’à partir de 1938, lorsque 18 clubs des Etats de Victoria, de Nouvelles Galles du Sud et d’Australie Méridionale se rassemblent pour concourir.
La SRAA (Squash Racket Association of Australia) mutera en ASRA(Australian Squash Racket Association) en 1986 pour enfin se transformer en Squash Australia en 1990.
C’est au tournant des années 60 que le développement du squash en Australie va prendre son envol. Comme dans de nombreux pays ces années sont l’aboutissement de l’essor économique de l’après-guerre et dans les villes un besoin d’équipements collectifs culturels et sportifs va se faire sentir. En Australie ce sont des clubs privés qui vont porter le développement du jeu occasionnant un dynamisme certain au phénomène jusqu’à la fin des années 70. L’exemple de l’Etat de Victoria est éloquent : en 1947 on y recense 30 courts pour 738 à la fin des années 70. Mais au début des années 80 le trop grand nombre de courts va tuer l’économie du squash parallèlement à la pression immobilière, les promoteurs rachetant des clubs pour en faire des bureaux ou des immeubles d’habitation.
Dans une interview accordée à la radio ABC en mars 2007 Dean Williams, ancien grand joueur des années 70-80, explique qu’à Perth(Australie Occidentale), en vingt ans, une cinquantaine de clubs a disparu, dont trois qui lui appartenaient, le chèque proposé par le promoteur étant décidément trop gros pour être refusé !
Mais dans le courant des années 60 le squash est en plein boum et de grands joueurs et joueuses vont vaincre l’isolement de la Grande Ile et venir remporter des titres en Europe, puisque c’est en Europe que le squash commence à exister sur le plan sportif international. Et c’est à partir des années 60 que tous les succès des Australiens (et Australiennes) vont assoir la réputation de l’Australie en tant que grande nation de squash. Si Geoff Hunt avec sa première victoire en 1969 au British Open (qui sera suivie de 7 autres dans les années 70 et 80) est assez emblématique du squash des antipodes, l’exemple le plus étonnant de cette domination australienne s’appelle Heather Mac Kay (née Heather Blundell) qui gagnera le titre féminin du BO de 1962 à 1977 et se retirera invaincue. Madame Mac Kay était une joueuse amateur et rappelle que les petits contrats d’équipementier qu’elle parvenait à obtenir ne pouvait lui être restitués qu’après agrément de la fédération australienne. Autrement dit toutes ses victoires ne lui ont jamais rapporté un rond ! Elle est pourtant toujours passionnée et inspire le plus profond respect aux joueuses australiennes « modernes » qu’elle a d’ailleurs encadrées sur le lieu des compétitions et au sein de l’Institut australien du squash à Brisbane depuis son ouverture en 1985.
Car l’Australie accorde suffisamment d’importance au squash pour avoir développé une structure qui lui est dévolue. De nombreux joueurs australiens y ont fait leurs classes mais il faut bien reconnaître que les meilleurs d’entre eux n’ont pas toujours réussi à s’adapter au moule assez contraignant imposé par le système. Si les facilités matérielles y sont remarquables, ce type de regroupement ne permet pas toujours l’épanouissement différencié de certains talents. Et puis tout simplement, de par l’isolement géographique de l’Australie, les joueurs australiens sont contraints de quitter leur île très tôt pour se rapprocher des zones de compétition. En Europe c’est aux Pays-Bas qu’ils viennent résider dans leur grande majorité, le dynamisme du squash dans les clubs néerlandais et l’aéroport de Schipol-Amsterdam étant deux atouts majeurs de ce choix.
Et l’on retrouve là une des caractéristiques du peuple australien : une forte propension à voyager. On estime qu’environ un million d’Australiens résident en dehors de la mère patrie, soit à-peu-près 5% de la population. Parmi les joueurs des années 80, si Chris Dittmar vit en Australie où il est un commentateur sportif très connu, Chris Robertson lui est resté vivre au Pays-de-Galles où depuis presque 20 ans il s’occupe des juniors nationaux, John William vit en Suisse où il est même devenu un membre de l’équipe nationale.
Les meilleurs australiens résident la plus grande partie de l’année en dehors de leur pays, et donc, par définition, très loin des structures nationales qui pourraient les encadrer. Lorsqu’au début des années 90 John White et David Palmer disputent les tournois du Squash Mutualité en France, ils entament une période de près de vingt ans en Europe. John White deviendra Ecossais et s’établira en Grande-Bretagne, et David Palmer vivra à Anvers auprès de son entraîneur John Moxam, un autre Australien. Et puis fin 2008 tous deux s’établiront aux USA, Palmer à Boston et White près de Philadelphie. Quant aux soeurs Grinham, l’une a pris la nationalité néerlandaise par son mariage et l’autre vit en Egypte depuis plusieurs années. On peut citer Anthony Hill qui vit également au Caire après avoir vécu plusieurs années à Amsterdam. Sans oublier Liz Irving établie à Amsterdam où elle dirige une académie de squash pour les joueuses de haut-niveau et qui entraîne Nicol David.
Il n’est donc pas exagéré de considérer les joueurs australiens comme des travailleurs émigrés, loin de structures pouvant les soutenir, et, cerise sur le gâteau, très peu aidés financièrement par la mère patrie, un vrai cauchemar pour un esprit français.
Paradoxalement, l’AIS de Brisbane ne semble pas produire le niveau d’excellence qu’on attendait. L’éloignement géographique des zones de compétition en est une des raisons mais également peut-être une conception du jeu qui tendrait à formater là où il faudrait encourager le talent. Le premier responsable du centre Geoff Hunt (actuellement à la tête du squash au Quatar) ayant été un joueur connu pour la rigueur de sa préparation physique et sa capacité à jouer des matchs interminables a contribué à donner à l’AIS une image d’excellence dans la préparation physique mais laissant peu de part à l’imagination. Il n’a pas toutefois réussi à brider le jeu d’attaque d’un Rodney Martin ou de son frère Brett, adversaires des Khan, Rodney remportant le Championnat du monde à Adelaïde en 1991 en battant successivement Jansher, Chris Dittmar et Jahangir. Ce formidable attaquant se retirera prématurément de la scène internationale en raison d’une arthrose de la hanche en 1994 ( tout comme Chris Robertson alors deuxième joueur mondial en 1992).
Quelle que soit l’opinion qu’on entretient sur les « pôles d’excellence », en Australie ou ailleurs, il apparaît clairement que l’excellence australienne est antérieure à l’AIS, et remonte à la diversité qui existait à l’époque où les clubs étaient nombreux et en meilleure santé financière que maintenant. Joe Shaw personnage emblématique du squash australien et premier coach de David Palmer, est également typique des années 70-80 période plus ouverte sur le plan de la confrontation d’idées que celle qui a suivi. Quant à John White, son jeu fantasque et réjouissant est à des années lumière des produits de l’AIS.
Il est incontestable que le squash australien traverse actuellement une période creuse, peut-être en partie en raison de la faible attractivité financière du jeu professionnel car il faut beaucoup de courage à un jeune joueur pour quitter son pays et partir vivre une aventure terriblement hasardeuse aux antipodes sans pratiquement aucun soutien financier. Pour le moment, derrière David Palmer en semi retraite, seuls Cameron Pilley et Stewart Boswell respectivement 16 et 17 au classement PSA perpétuent l’aventure australienne. Quant au jeu féminin il marque le pas lui aussi sans pour l’instant donner l’impression d’être prometteur. Il est vrai que les gains ridicules des joueuses sur le plan international avantagent de plus en plus les joueuses d’Etat totalement assistées, et on l’a vu, ça n’est pas le cas des Australiennes.
Le squash australien rebondira-t-il dans les années à venir ? Rien n’est moins sûr, à moins que le squash asiatique continue son essor prometteur, rapprochant de fait les joueurs australiens des zones de jeu. Si ça n’est pas le cas le handicap géographique ne pourra être atténué qu’au travers d’une élévation des gains des joueurs associée à l’établissement d’un circuit mondial plus cohérent qu’à l’heure actuelle et fermement structuré par zones mondiales au fil de l’année.
Yves Moineau













Très bon article , bravo à Yves.
un plaisir de lire tout cet article !
Merci, vraiment.
voici une petite vidéo de l’australien Brett Martin (ancien n°2 mondial) en action pour illustrer cet intéressant article : http://www.youtube.com/watch?v=6dAf...
mdr. quels poètes ces australiens. Brett c’était qand même une grosse brute. Et Rodney c’était la classe.
Voici une vidéo de Rodney Martin vs Jansher Khan - 1990 Avant les égyptiens, certainement un précurseur de la voilée croisée-nick http://www.youtube.com/watch?v=hIBI...
En effet, quel joueur ce Rodney ! Par exemple, il remporte le championnat du monde 91 en battant tour à tour : en 1/4 Jansher Khan, en 1/2 son compatriote Chris Dittmar et en finale Jahangir Khan. C’est comme si aujourd’hui un joueur était champion du monde en battant Mathew, Shabana (au top !) et Ashour. Pour finir dans la famille Martin, après Brett (l’ainé), Rodney (le cadet), voici une vidéo de Michelle (la benjamine) : 3 fois championne du monde + 6 British open. http://www.youtube.com/watch?v=jDJx...
D’accord avec toi Amr, sauf que pour être champion du monde aujourd’hui c’est le passage obligé. L’exploit de Rodney en 91 a été d’interrompre Jansher dans sa série de 8 titres mondiaux (entre 87 et 96).