Technique / Arbitrage

L’arbitrage à 3 : premier volet

A gommer la mémoire d’une collectivité on se condamne à répéter les erreurs du passé puisqu’on en est dans l’ignorance .

Il y a déjà une vingtaine d’années , au Canada , les gens ayant en charge l’arbitrage du squash tentèrent la mise au point d’un arbitrage à trois arbitres . Ils présentèrent d’ailleurs ce procédé aux arbitres européens à Rotterdam en 1993 lors d’un championnat d’Europe par équipes pour tenter de convaincre le monde du squash de la justesse de leur point de vue .

Ces Canadiens étant des professeurs d’université , il ne fallait pas s’attendre à un échange d’idées sur la question mais plutôt à un cours didactique à sens unique . Et ce fut le cas , la quête manifeste de « la » décision étant apparemment rendue enfin possible par une prise de décision collégiale , foi de professeur canadien .

Un arbitre français présent ayant posé la question de savoir si le procédé n’était pas tout simplement destiné à évacuer la trouille individuelle en la partageant à trois fut prié de la fermer . Plus de quinze années plus tard où en est ledit procédé ? Disparu , et j’allais dire , heureusement .

Quels étaient à priori les avantages du système d’après ses défenseurs ?

En premier lieu une meilleure vision du jeu de laquelle devait découler une meilleure décision .

Remarquons toutefois que l’arbitre qui n’est pas du côté de l’action a une très mauvaise vision du litige et que son avis ne présente pas grand intérêt . Quant à celui qui est du bon côté il voit certes une action litigieuse mais manque de perspective pour anticiper alors que cette anticipation est à la base de la décision .

Incontestablement la meilleure vision du jeu reste celle de l’arbitre central .

On peut donc déjà affirmer que dans l’immense majorité des cas l’arbitrage à trois est un arbitrage à deux .

Le deuxième avantage , mais partiellement nié par les inventeurs du système , avait été de ramener à l’arbitrage des arbitres ne supportant plus le stress de la responsabilité individuelle mais qui acceptaient de diluer cette responsabilité au sein d’un trio . En établissant un rapport de force de 3 à 1 en faveur des arbitres face au joueur , ce dernier n’avait qu’à bien se tenir . Hélas le système en question présentaient aussi de gros inconvénients .

Le plus évident est qu’il faut trouver un plus grand nombre d’arbitres lors des tournois avec les contraintes budgétaires que cela entraîne , cet inconvénient à lui seul suffisant à plomber l’initiative . Il aurait fallu , de plus , que le trio soit une entité clairement identifiée pour pouvoir s’entraîner régulièrement . Une équipe véritable , rodée , ce qui est techniquement très difficile à réaliser .

D’autre part , pendant le jeu , les joueurs , qui s’étaient immédiatement adaptés , faisaient constamment appel , ralentissant le processus de décision . Les appels systématiques suivis de décisions plus lentes à venir alourdissaient et ralentissaient le jeu de façon insupportable .

Et n’oublions pas en dernier lieu un effet ô combien pervers de l’arbitrage trio : lorsque l’avis des trois arbitres différait quelle crédibilité pouvait on accorder à la décision finale ? Et à la compétence de chacun de ces arbitres ?

On peut ajouter également , et ce serait déjà une très bonne raison de se méfier de ces systèmes , que « la » bonne décision est un mythe . Il est illusoire de croire qu’une décision d’arbitrage sera meilleure si elle est prise de façon collégiale . Les décisions prises à la majorité ne sont pas forcément de bonnes décisions même si elles sont prises démocratiquement , elles peuvent être l’addition d’erreurs , ce qui ne leur donne pas plus de valeur .

En France , au milieu des années 90 , sous la direction d’Albert Médina , un DTN à l’ancienne mode , c’est-à-dire qui connaissait le squash , l’expérience fut tentée pendant plusieurs mois , puis abandonnée au nom des raisons évoquées ci-dessus . Il serait dommage que par simple ignorance du passé on perde du temps à recommencer ce genre d’expérience .

Commentaires

8 Messages de forum

  1. 1. L’arbitrage à 3 : premier volet

    C’est intéressant mais pas signé. C’est Nicolas Barbeau ? Je trouve ça déjà pas mal de partager le stress à 3. Les décisions deviennent souvent absurdes quand l’arbitre est sous le coup d’un gros stress. Je trouve même que c’est la plus grosse source d’erreur.

    par Vador | 21 janvier 2008, 08:20
  2. 2. L’arbitrage à 3 : premier volet

    Salut Vador, non l’article n’est pas de moi mais d’Yves Moineau. Ceci dit je partage son opinion sur le sujet de cet article. Si l’arbitre donne des décisions absurdes sous le coup du stress c’est qu’il n’est pas bon et qu’il doit progresser. C’est pas en arbitrant à 3 que les choses vont se régler.

    par Nico Barbeau | 21 janvier 2008, 08:56
  3. 3. L’arbitrage à 3 : premier volet

    Bonjour, Il me semble qu’au JUDO, il y a trois arbitres, chaque prise de décision (ou la part d’interpretation est très grande, comme au squash)est prise par la majorité des arbitres, les arbitres de coins pouvant très bien contredire l’arbitre central. Il n’y a pas de contestation (moins qu’au squash...).

    Bon, le JUDO c’est le JUDO et le SQUASH, c’est le SQUASH OK...Ce qui est valable pour un ne l’est pas forcement pour l’autre...

    Il est quand même plus difficile de contester une décision prise par trois que par un. En poussant à l’extreme le raisonement, une décision prise à la majorité de 50 arbitres serait encore plus difficile à contester ! Après ça commence à faire : " j’ai raison contre la terre entière !"

    Bon, c’est peut être ça l’avantage de l’arbitrage à 3... peut être....

    | 21 janvier 2008, 10:09
  4. 4. L’arbitrage à 3 : premier volet

    Et pourquoi pas demander l’avis du public (qui l’exprime parfois) ! bonjour le match à rallonge.

    Soyons plus sérieux pour un arbitrage à trois vous avez de bonnes raisons mais si vous relisez bien l’article on fait comment pour le mettre en place avec les arbitres dont on dispose ? et bonjour les discussions entre arbitres et bonjour la prise de tête des joueurs qui d’après ce qui est écrit pour certains qui avaient bien pigés le système, c’était le cirque le plus total, déjà qu’avec 1 arbitre certains sont très fort pour le déstabiliser à leur profit alors avec trois ils devaient se régaler à foutre le "b" aboutissant à des matchs pourris.

    | 21 janvier 2008, 10:19
  5. 5. L’arbitrage à 3 : premier volet

    Vos arguments sont tous plus ou moins bons...mais ce système à trois ne sera jamais mis en place en France donc inutile de débattre des heures dessus !

    | 21 janvier 2008, 11:48
  6. 6. L’arbitrage à 3 : premier volet

    J’ai entendu la même réflexion pour le championnat féminin à 9 équipes par division et 3 filles par équipe et regardez où on en est aujourd’hui.

    | 21 janvier 2008, 12:49
  7. 7. L’arbitrage à 3 : premier volet

    C’est pas faux !

    | 21 janvier 2008, 12:55
  8. 8. L’arbitrage à 3 : premier volet

    J’ai sans doute (une fois de plus !) mal compris. L’arbitrage a trois me semble s’adresser aux joueurs pro, sur court vitré dans des grands tournois, avec probablement un système de com entre les arbitres...

    Maintenant pour un championnat de quartier, effectivement, un seul arbitre suffit...

    | 21 janvier 2008, 14:07

Répondre à cet article